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 [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]

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MessageSujet: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Lun 17 Nov - 7:01

21:02:30J'étais assis à la place qui devenait petit à petit ma place fétiche. Un genou recourbé, je lisais d'une rapidité sans équivoque un roman qui n'avait pas fait fureur en son temps: Mme Bovary, du célèbre Gustave Flaubert. Comment aurais-je pû croire que ce livre allait tant faire parler de lui? Cette perspective me ôtai un sourire. Le temps a ce je-ne-sais-quoi qui rend le choses imprévisibles et un peu d'imprévisibilité dans la vie d'un vampire offre toujours une plaisante distraction. Je tournai une page.

Ce "Refuge" comme on l'appelait, n'était pas si mal que ça. Même si les élèves étaient un peu bruyant le soir, la vie était aisé par ici. On se nourrissait de sac plastique de sang, idée à laquelle je n'avais pas pensé en bientôt 3 siècles d'existence. Comme quoi, j'étais encore loin de tout connaître! Je continuais ma lecture, mes yeux, habitués, survolant les mots à une vitesse surhumaine. Un souffle de vent glacé parcouru le couloir. Les temps se rafraîchissaient en effet, mais cela n'avait aucun impact sur moi. Je ne ressentais pas le froid. Néanmoins, je sentais la température chuter. J'avais toujours aimé l'hiver et le privilégiait à l'été. Une saison froide, glaciale. Une saison qui me correspondait.

Je passai une main dans mes cheveux d'un geste vif afin de me remettre une petite mèche rebelle. Je repensai brièvement à cette Merry Jones. Une intéressante découverte, il fallait l'avouer. J’espérais intérieurement avoir rapidement à nouveau affaire à elle. Sa présence avait un peu réchauffé mon cœur de glace, j'étais forcé de le reconnaître. Mais il ne fallait pas trop que je pense à elle, elle était inaccessible de toute façon, d'une part par l'âge et de l'autre par la nature. Et puis de toute façon, même si elle était charmante, je n'étais pas si accessible que ça moi non plus. En trois siècles on a le temps de savoir ce qu'est l'amour et les ravages qu'il apportent avec lui. Je chassai cette idée de ma tête. C'était indigne d'un pion, même si j'avais peu à cœur ma réputation. Je continuai donc ma lecture, inlassablement, alors même que ça faisait une trentaine de fois que j'avais lu cette oeuvre.


Dernière édition par Ryujia Dragonstone le Sam 20 Déc - 16:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Sam 20 Déc - 16:01

" Errance … E-rran-ce … C'est un mot véritablement magnifique … "

J'esquissais faiblement un sourire dans l'ombre que laissait parfois planer les lumières artificielles. Au dehors, le jour déclinait peu à peu, et la clarté du crépuscule envahissait par endroit l'espace, dessinant sur les murs d’étranges peintures lumineuses. Cependant, c’était en grande partie les lumières émanant du plafond des couloirs qui illuminaient ceux çi. Une lumière fade, dénuée de la chaleur flamboyante qu'exhalaient les nuances du couchant. Une chaleur qui manquait cruellement à mon cœur gelé.
Il ne l'étais pas par le froid. J'aimais beaucoup la sensation de glace qui nous recouvrait en hiver, comme une couverture vaporeuse faite de milliers d'épines. J'aimais imaginer qu'elles avaient été prélevées sur des roses azurées, n’émergeant qu'au cœur de l'écrin neigeux qu'annonce l'hiver. Un bourgeon immaculé et cristallin, ayant la pureté du verre. Une rose azurée de verre … Voilà qui devait être magnifique. Mon cœur donc, n'était pas glacé par le froid porté par le vent s'engouffrant dans les couloirs, comme un silencieux hurlement. Seulement par la solitude. Celle çi me pesait ce soir plus que d’ordinaire … Moi qui l'aimait tant, à qui elle sied si bien, voilà que le manque de compagnie m'ennuyait … Voilà pourquoi je me permettais de parler seul, à voix haute, appréciant les sonorités des quelques mots me traversant l'esprit.
J'errais depuis quelques temps dans les couloirs, à la recherche d'une distraction. Rien ce soir ne m'attirait, tout ne provoquait en moi qu'une glaciale indifférence … Un dégoût profond des choses m'habitait. Je ne percevais aucune saveur dans les mots dansant sur les feuilles des livres, aucune beauté dans les quelques notes que je pouvais tirer d'un violon ou d'un piano. Le sommeil ne m’appelait pas non plus, je n'avais donc aucun échappatoire à l'ennui et à l'indifférence. L'indifférence à l’égard de mes éventuelles occupations. L’indifférence à l’égard des autres pensionnaires. L'indifférence à l'égard de moi même.

Je tendis la main vers le mur. Tout en marchant avec lenteur, je la laissais filer sur le mur. Mes doigts fins n'y laissait aucune trace, pas le moindre sillage. Je ne laissais aucune arque nul part ? Aucune marque sur ce qui m'entourait, aucune marque chez les autres. Je n'étais qu'un souvenir trop tôt effacé. Je n'étais pas vraiment là. Ma main poursuivait son chemin sur le mur au rythme de mes pas, comme un insignifiant caillou ricoche à la surface d'un lac. Son étendu se ride légèrement, ondule à sa rencontre … Puis plus rien. Il retrouve son calme inerte, sa lisse beauté, son indifférence. Je suis tantôt le caillou, tantôt le lac. Tantôt je ne marque à peine mon entourage, tantôt  les événements m’indiffèrent …  
Je détourne le visage de ma main en direction d'une fenêtre, sur le mur opposé. Au dehors, la nuit étend lentement ses doigts éthéré, encore rougis par le froid. A moins que cette vespérale couleur ne vienne du couchant. Les taches incarnats constelle la voûte céleste, comme autant de taches de sang illuminant la feuille de papier sur laquelle celui s'étant ouvert les veines écrit ses adieux. Un soupire file entre mes lèvres entrouvertes. J'imagine que celui çi brise le verre de la vitre, s'évade au dehors et recouvre le monde de mélancolie. S'insinuant dans les âmes comme un courant d'air fugitif, faisant naître dans les esprits une éphémère tristesse. J'imagine les fleurs faner à son approche, les ronces grandir. La nuit s'endort, la lune, bercée par ses murmures et ses suppliques, sombre peu à peu dans les ténèbres du sommeil elle aussi. La douce pensée de parvenir à endormir la nuit m'effleure avec plaisir, comme le froid effleure doucement ma peau et la couvre de frissons. C'est décidé. Je vais monter sur le toit et regarder la nuit tomber sur les lieux alentours. Je lui murmurerai de jolies choses, et peut s’endormira t' elle.

Je laissais ma main retomber du mur. Un froissement de tissus s’éleva timidement dans le silence environnant, alors que ma manche blanche venait effleurer mon flanc. J'étais ce soir vêtu de façon asses simple : une chemise blanche aux manches légèrement bouffantes au dessus des poignets, un pantalon blanc lui aussi et des bottines noires. Un foulard pourpre était passé autour de mon cou, l'etreignant et lui apportant une faible chaleur. Il aurait pu s'agir de la main voilé de l'ennui venu m’étouffer.
Non loin de l'escalier, je discernais une silhouette assise, penchée au dessus d'un livre. Vu sa carrure et sa taille, il devait s'agir d'un pion. Et mince. Il ne me laissera jamais avoir accès au toit. Enfin, je pouvais toujours m'y essayer … Je m'approchais le plus silencieusement possible, ce qui en mon cas était aisée. Mon pas était léger et feutré, je me mouvais d’ordinaire tel une ombre, ne souhaitant pas me faire remarquer auprès des autres lorsque je sus dans les couloirs débordant d'élèves. Mon attention fut attiré par son livre. Je ne voyais pas la couverture, mais je pouvais discerner la vitesse à laquelle son regard survolait les lignes. Les pages se tournaient en moins d'une minute. J'étais bien placé pour savoir que cette vitesse de lecture n'avait rien d'humaine. Elle ressemblait beaucoup à la mienne, quoique beaucoup plus rapide. Un vampire. Formidable. Autrement dit, peu importe le silence de mon déplacement, j'étais sur qu'il  allait m’apercevoir.
Soupirant à nouveau faiblement, je passais devant lui.
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Sam 20 Déc - 17:10

Ma lecture était passionnante, comme les trente premières fois. J'aurais voulu continuer ma lecture quand un mouvement attira mon attention sur ma droite. Une silhouette passa alors devant moi.
L'individu en question devait avoir un peu moins d'une vingtaine d'année, ses traits assez noble et sa peau plutôt pâle. Son foulard rouge lui cachait le bas du visage, ne le dévoilant qu'à partir de la bouche. Il était tout de blanc vêtu, si ce n'était ses bottines qui était de couleur noire.
Cela créait un paradoxe ostentatoire avec mes vêtement à moi, qui se résumaient à un blouson de cuir noir bien entretenu mais qui avait quand même visiblement fait son temps, un t-shirt gris foncé des plus simples et un jean d'un bleu sombre légèrement déchiré, assez pour que ça se remarque mais trop peu pour que ça n'attire trop l’œil. J'avais également des rangers noirs qui couvraient mes chaussettes noires elle aussi.
En y réfléchissant, j'avais mis plus de temps que d'ordinaire à le remarquer, ce qui montrait clairement qu'il avait un petit plus qui le rendait différent des autres. Sa pâleur de peau me mit directement sur la piste: il s'agissait probablement d'un de mes congénères vampires. Car je me doutais bien que je n'étais pas le seul ici. Mais ce jeune vampire était le premier que je rencontrais.
J'arrêtai donc ma lecture, un peu contraint, et cherchai quelque chose à lui dire. Parcequ'autant se balader dans les couloirs était interdit, autant je pouvais comprendre l'ennui de ce vampire, qui devait avoir quoi... un siècle et demi d'existence?
Le soleil ne nous tuait pas contrairement à ce que croyait le peuple. Cependant il nous dérangeait, car on ressentait comme un fourmillement dans le corps à force d'y rester trop longtemps exposé. Un sentiment de douleur, mais pas trop puissant, juste désagréable. D'après ce que j'avais lu, je pense qu'on pouvait rapprocher cette impression a un sentiment de froid. Ou de chaleur. Une chaleur froide. C'était certes illogique mais absolument rationnel. Et malgré que moi, qui était un vampire qui commençait à être plutôt expérimenté, je pouvais rester quelques heures au soleil sans trop me soucier de cette gêne, le jeune vampire devant moi ne devait pas trop s'exposer à la lumière du soleil. J'optai donc pour une approche aimable:

"Bonsoir jeune homme... Que faites-vous à traîner dans les couloirs en cette froide soirée?"

Ma voix grave et mon ton plutôt aimable étaient fait pour le mettre en confiance plutôt que pour lui imposer mon autorité. Parce qu'il fallait l'avouer, voir un de mes congénères vampire m'octroyait un petit plaisir. Même si la plupart des vampires que j'avais rencontré, et ils étaient peu nombreux, se donnaient un air hautain et noble, ils avaient tous une grande verve et une conversation pour le moins intéressante. De plus, les humains étaient beaucoup moins prévisible que les vampires, même s'il m'arrivait d'être étonné en quelques occasions.
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Sam 20 Déc - 23:26

Le crépuscule voilait mon visage comme il voilait mes pensées. Les rayons carmins de l'astre éreinté faisant couler sur mon visage comme autant de larmes vespérales. Lucifer lui même ne devait jamais avoir autant versé de larmes aussi sanglantes, lorsque ses ailes de lumières se brisèrent après la chute qu'il le précipita dans l’abîme, loin d'un paradis désormais perdu. Mes joues sur lesquelles ruisselaient pourtant ces perles de lumières pourpres était aussi arides que mon cœur l'était d’émotion. J'avais la sensation de n’être qu'un immense désert sous une nuit à la fois brûlante et glaciale, un désert dont le moindre grain de sable luisait faiblement dans le clair obscur, dont la pale clarté d'argent n'était que l’éternel écho d'un cri silencieux.
Le silence fut rompu par la silhouette assise à quelques pas de moi. Je pouvais sentir sur moi son regard, qui était penché plus tôt sur les pages d'un roman. D'un geste lent, je me retournais vers le détenteur de cette voix grave et aimable, agréable à l'oreille. Je m'immobilisais face à lui, lui adressant un regard mélancolique et glacé. A mon tour, j'entrepris de détailler son visage, comme un dément passerais sous son scalpel la délicate peau de sa victime.
Il n'avait pas l'air très âgé, mais je savais que ce détail avait peu d'importance. Chez les vampires, le visage ne pouvait en rien indiquer l'age de l'individu. Celui face à moi pouvait être agé de deux cent ans comme il pouvait en avoir quatre cent. Moi même dont les traits n’étaient pas déformés par la vieillesse et me faisaient aisément paraître adolescent, j'étais déjà doté de cent seize ans. Cela représentait malgré tout l’équivalent de l'adolescence chez les vampires. Il était vêtu de manière sobre et sombre. J'imagine que c'est ainsi que sont vêtus les vampires citadins, vivant dans ce monde depuis longtemps. Son visage était froid, assez inexpressif. Sa voix pourtant, n'exprimait en rien l'autorité à laquelle je m'étais attendu. Seulement une gentillesse que je pouvais discerner au travers de ses mots. Il n'avait pas les airs hautains et arrogants des vampires qui m'avaient recueilli, ces mêmes vampires ayant assassiné les membres de ma famille. Il n'avais pas leur vanité ni leur cruauté. Je savais moi même qu'en dépit des traits nobles qui étaient ceux des Vyrad, mon visage ne dépeignait qu'indifférence, lassitude et mélancolie. La condition d'esclave qui fut mienne durant une centaine d'année m'avait depuis longtemps dépossédé de toute trace d’orgueil, sans cependant me dénuer d'amour propre. Mais ne prêtant que rarement oreille à autrui, j'en faisant d'autant de leurs remarques blessantes.
Il n'était pas le premier vampire que je croisais. Je voyais quasi quotidiennement ceux de ma classe, ceux qui sans me réjouir ne me déplaisait pas non plus. Cependant celui çi semblait plus âgé. Or un vampire âgé est une incroyable source de savoir, je le savais bien. Je voyais peut être là l'occasion de mener une intéressante conversation.  

Lissant d'un geste nerveux ma chemise du revers de la main (ce qui pou moi était devenu une habitude lorsque j'adressais pour la première fois la parole à quelqu'un ou que j'entrais dans une pièce) j'écoutais sa question avec intérêt. J'étais très sensible aux mots et aux intonations, je prêtais donc   une importance toute particulière à chaque parole émise, à chaque modulation de la voix. La sienne était grave, et ses mots bien choisis quoiqu'un peu banals. Peu importe au fond. C'est l’échange en lui même, sa mélodie, qui serait plaisant. Il ne s'agissait là que du prélude.
Je choisissais d’être franc. Je savais pertinemment qu'il était interdit de se perdre à cette heure çi dans les couloirs. Je n'en étais pourtant plus à mon coup d'essai, mais je ne réussissais visiblement pas toujours à m’échapper du manoir pour profiter des parfums nocturnes. Je lui répondis d'une voix calme et mélodieuse, aux intonations aussi froide que le regard que je lui lançais. Il ne s'agissait pourtant pas d'un froid agressif ou colérique, comme celui qu'exhale les personnes ne souhaitant être dérangés ou peu aimables. Il s'agissait juste d'un froid empreint de tristesse et de douceur.


"Bonsoir … Et bien, en toute honnêteté, le froid ne me dérange guère. Il me plaît en effet de m'en draper comme d'un vaporeux linceul et d'en couvrir l'éclat délavé des astres, dont la clarté illumine faiblement mon visage lors de mes entrevues avec le visage blafard de la Lune. Si vous ne l'écoutez pas déjà, je ne puis que vous conseiller de preter oreilles à ses murmures … Elle a tant de choses à nous soumettre, tant de sombres histoires à nous faire partager … Parfois nous échangeons tout deux quelques vers. Au gré des rimes, elle me conte ses mirages dans la beauté lisse et argentée des lacs. Elle me narre de quelle façon elle fait doucement ployer les fleurs sauvages dans les clairières sous la délicate caresse du zéphyr nocturne. Elle me parle de l'amour que le Jour porte à la Nuit, qu'il tente vainement de rejoindre"

J'esquissais l'ombre d'un sourire, inspirant doucement l'air chargé de fraîcheur crépusculaire. Je savais pertinemment ne pas avoir répondu à sa question, du moins pas de manière explicite. Je quêtais chez lui une réaction, retrouvant mon aisance dans mon jeu favori : l'éloquence. Usant de poésie, il me plaisait de répondre subtilement à mes interlocuteurs. Un simple jeu dans lequel je dissimulais sous les sombres arcanes de mes mots d'autres propos. Rester à savoir si mon partenaire parviendrait ce soir à me comprendre. Rester à savoir si ses paroles entraîneraient mon échec.
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Dim 21 Déc - 15:10

Le jeune vampire se retourna presque aussitôt, me lançant un regard mélancolique et empreint d'une certaine froideur. Cela ne me dérangeait guère, moi-même en temps normal se serait le premier regard que je lui aurais lancé. Mais je préférais commencer la conversation avec un ton agréable, pour changer de ce que je faisais depuis trois siècles.
Il lissa d'un geste nerveux, comme instinctivement, sa chemise du revers de la main. Ce geste, je le remarquai, signifiait sûrement qu'il acceptait de discuter. Il me répondit alors, d'une voix qui se voulait visiblement mélodieuse et calme:

"Bonsoir … Et bien, en toute honnêteté, le froid ne me dérange guère. Il me plaît en effet de m'en draper comme d'un vaporeux linceul et d'en couvrir l'éclat délavé des astres, dont la clarté illumine faiblement mon visage lors de mes entrevues avec le visage blafard de la Lune. Si vous ne l'écoutez pas déjà, je ne puis que vous conseiller de preter oreilles à ses murmures … Elle a tant de choses à nous soumettre, tant de sombres histoires à nous faire partager … Parfois nous échangeons tout deux quelques vers. Au gré des rimes, elle me conte ses mirages dans la beauté lisse et argentée des lacs. Elle me narre de quelle façon elle fait doucement ployer les fleurs sauvages dans les clairières sous la délicate caresse du zéphyr nocturne. Elle me parle de l'amour que le Jour porte à la Nuit, qu'il tente vainement de rejoindre."

Alors comme ça, ce vampire était du genre poète ? Il ne savait pas sur qui il était tombé alors. Je vis sur lui l'ombre d'un sourire se former en même temps que moi-même j'en esquissai un du coin de la bouche. Je lui répondis donc, toujours de ma voix grave mais avec cette fois-ci un ton plus solennel, plus sérieux, avec une certaine sonorité dans les syllabes:

"Comme aurait dit Verlaine :
"Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.
Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres."

Je comprends votre complainte car je la subis encore jeune homme. Il m'arrive souvent d'aller conversé avec la lune, en quête d'une réponse. Et je la reçois sous la forme du clair de lune qui me fait l'effet d'une caresse sur ma peau à la pâleur froide. Vous savez, je pense que c'est un besoin naturel chez l'être intelligent, qu'il soit humain ou vampire ou même elfe. La quête de la vérité et du savoir. Mais pas du savoir au sens de la connaissance, comme le recherche les sophistes qui ont fait tué Socrate en son temps. Je parle du savoir au sens d'intelligence, de réflexion. Le savoir des philosophes. Je suis moi-même en quête de cet inaccessible savoir, celui-là même que je ne pourrais qu'au meilleur des cas effleurer. Ecoute, on va faire un échange de bons procédés. J'accepte que tu aille sur le toit à une unique condition, c'est que je t'accompagne. Bien que je sache que ce moment que tu recherche est un moment de solitude, fais-moi confiance quand je te dis que tu as plus à gagner en cherchant autrui qu'en le fuyant.
"

J'étirai un peu plus mon rictus pour qu'il forme un vrai sourire et je me remis le col de ma veste en cuir d'un geste vif. Il n'appartenais désormais qu'à lui de répondre, même si je lui forçais un peu la main.
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Mer 24 Déc - 12:33

Ses mots faisaient résonner le silence. Il modulait sa voix d'une façon fascinante, la rendant tantôt calme, tantôt solennelle et profonde. Il me semblait qu'il m'adressait ces quelques mots au travers d'un miroir aqueux, dont la glace ondoyante étouffait les paroles ainsi rendues cristallines. Je ne m'adressais pourtant pas à mon reflet, je n'étais pas penché au dessus d'une rivière troublée par la splendeur du clair de lune. Il ne m'était pas semblable. Ses traits étaient froids oui, mais la mélancolie y était absente. Alors pourquoi avais je cette impression ?
Chassant cette pensée de mon esprit, je reportais mon attention à ses paroles. Tout comme les miennes, ils les avaient voulu poétiques et mélodieuses. La sonorité qui émanait de ses syllabes, comme émane la fumée de la plaie engendrée par la brûlure, ne me trompait pas. Or ma peau diaphane ne me brûlait pas à l'écoute de ses mots. La brûlure était plus profonde. Elle avait meurtri mon âme. Ce ne sont pas ses mots qui l'avait causé. C'était ceux que je m'adressais moi même, lorsque le désespoir passait autour de mon cou ses bras décharnés. Il m'attirait à lui et recouvrait mon visage de pleurs, noyait mes traits dans la tristesse. Il déposait sur mes lèvres non pas un cruel baiser, mais des sanglots inavoués. La nuit venue, lorsque j'étais seul, ils se bousculaient aux portes de mon visage, s'acharnait contre les nuances de rose fané et fébriles qu'étaient mes lèvres.

Imperceptiblement, je secouais la tête. L'heure n'était pas aux lamentations. Celles çi attendraient que la solitude émerge de l'ombre et me prenne par la main.
Je me focalisais donc sur les paroles de mon vespéral interlocuteur.


"Je n'emprunterais pas mes mots au corps inanimé qu'est celui d'un défunt … A la Mort, je dérobe seulement la peine et les noirs désirs. Les vers qui franchissent mes lèvres ne sont voués qu'a la solitude et à l'espoir déchu … Aussi vous demanderais je de m'excuser si je ne peux vous ravir de mes propres rimes funestes … "

Je me mordais nerveusement l’intérieur de la joue. Avais je menti ? Il était une personne au refuge à  qui j'aurais souhaité pouvoir adresser quelques vers. Mes yeux, bien que toujours rivés sur le visage de mon interlocuteur, ne le discernais plus. Mes pensées avaient pris le dessus sur mes sens. De la réalité tangible dans laquelle j'étais plongé, je ne voyais plus rien. Seul comptait le visage de l'ange de silence qui tel un spectre éthéré, hantait mon esprit. J'avais de nombreuses fois voulu la convier à contempler l'étendue sanglante du ciel, à cette heure où il dérobe à l'Eden le flamboiement de ses roses. Pourtant, je ne désirais pas rompre les liens qui nous avions tissé avec le fil fragile qu'est celui du silence. Silence qui pourrait être le prélude d'une douloureuse symphonie … Elle était la seule personne à laquelle j'avais su m'attacher. Or j'avais la sensation de m’être noué autour du cœur un collier de ronces. Plus nous serons proches, plus mes souffrances seraient grandes. Le délicieux poison que les épines de la néfaste fleur répandait en mon être à chaque battements m’enivrait et m’exaltait pourtant. Elle qui possédait la douceur de la plus belle rose qu'un paradis désolé aurait pu laissé choir, ne faisait naître en moi qu'un douloureux enivrement … La peine m'en accablait tel une funèbre fardeau. Chacun des vers que j'adressais à la Nuit débutait par son nom. Je dus plus fortement me mordre la joue, tant la réalité de mes pensées me poussèrent à le prononcer à voix haute.
Un goût de sang se rependît dans ma bouche. La légère douleur suffit à me ramener à l'instant présent. Le visage de mon interlocuteur reprit de nouveau consistance devant mes yeux. Essuyant d'un mouchoir tiré de ma poche les quelques gouttes de sang qui perlaient aux commissures de mes lèvres, mes traits demeuraient froids. Le mouchoir fut bientôt constellé d'une myriade d'étoiles sanguinolentes, comme autant de perles pourpres suspendues à un horizon délavé. Je pliais le mouchoir avant de le remettre à sa place.


"Hélas, ma complainte semble différente de la votre. Je ne m'adresse pas à la Lune afin d’accéder à une quelconque vérité, à un quelconque savoir. Elle est ma pale confidente, voilà tout. Le clair obscur dont elle baigne la nuit mais aussi la givre qui recouvre ma peau lors de ces hivernales soirées m'apaise et étouffe d'une diaphane lumière mes lamentations et mes sanglots. Dans l’écrin d'argent qu'est celui des nuits où la lune est pleine, je connais un semblant de sérénité, mes tourments s'éteignent durant quelques heures … Hélas, la flamme qu'ils incarnent se manifeste bien vite à nouveau le long de la chandelle qu'est mon âme, et me consument peu à peu, sans relâche … "

A ces propos, je détournais légèrement la tête, rivant l'azur argenté de mon regard en direction du sol dallé. Évoquer ainsi mon ressentit me gênait. Je n'avais en aucun envie d’être plaint, et encore moins de m’être offert une quelconque forme de sollicitude. La faiblesse et la détresse qui pouvaient me hanter n'avaient pas été dissimulées par mes propos, et je me maudissais devant cette évidence.
Son passage du vouvoiement au tutoiement ne m’échappât guère. Cette familiarité ne me dérangeait pas, mais je ne supportais pas que l'on me force la main.  J’exécrais par dessus tout le chantage, cette sensation d’être pris au piège et de ne pouvoir m’échapper. Mon regard glissa jusqu'à la fenêtre, par delà laquelle on pouvait contempler la disparition de l'astre de lumière incarnat derrière la fine frontière de l'horizon. Je désirais seulement la solitude, et voilà que l'on m'offrait de la compagnie. Je fuyais sans cesse. Je ne savais apprécier que la solitude.
Rivant de nouveau mon regard sur lui, je m’apprêtais donc à refuser son offre. Cependant, la vue de son sourire me déstabilisa. Son rictus avait disparu. Il ne m'adressait maintenant qu'un sourire, d'où émanait la gentillesse. Son amabilité me troublait.


"…"

Je gardais un instant le silence, hésitant. Après tout je n'avais rien à perdre, si ce n'est une soirée de ma ténébreuse existence … Et qu'est ce qu'une soirée, perdue au milieu de l' éternité ?
Sans un mot, je me dirigeais vers les escaliers. Mon pas résonnait faiblement dans le silence, appel muet que j'adressais à cette Nuit qui ne saurait tarder.
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Jeu 25 Déc - 0:06

"Je n'emprunterais pas mes mots au corps inanimé qu'est celui d'un défunt … A la Mort, je dérobe seulement la peine et les noirs désirs. Les vers qui franchissent mes lèvres ne sont voués qu'a la solitude et à l'espoir déchu … Aussi vous demanderais je de m'excuser si je ne peux vous ravir de mes propres rimes funestes … "

Je le vis se mordiller discrètement l'intérieur de la bouche. Ses propos trahissaient une certaine hésitation que l'on ne pouvait me cacher. Il devait avoir vécu auprès de vampires plus vieux, chance que je n'ai jamais eu vu que mes parents étaient sans cesse absents. Cependant, grâce à ça je m'étais façonné tout seul, dans une solitude aussi pesante et douloureuse que bienfaisante. La venue de mon frère a été salvatrice en tout point car je n'étais plus seul pour affronter les problèmes de la vie. Même si c'est moi qui l'épaulait, il m'épaulait aussi d'une manière indescriptible.
C'est quand mon frère est né que j'ai côtoyé pour la première fois une humaine et que je suis sorti avec elle. Elle s'appelait Sandra. Sa peau était mat, ses cheveux blonds descendaient sur ses épaules comme une cascade d'or, ses yeux avaient l'éclat d'un bleu profond et sa bouche avait une texture plaisante aux lèvres.
Mais un jour l'inévitable se produisit et elle se rendit compte de ma nature. Elle me fuit donc, acceptant de garde le secret pour elle. Et les peines de cœur ont toujours été les plus dures à soigner. J'eus d'autres brèves conquêtes, même si jamais je ne trouvai la bonne.
Comme quoi, en y réfléchissant bien, bien que je puisse lutter contre le solitude et en faire une amie, autrui est indispensable à ma croissance spirituelle et intellectuelle. Je savais donc que plus il fuira autrui moins il s'épanouira.
Je remarquai alors qu'il s'était, sûrement pas intentionellement, incisé l'intérieur de la jour et que du sang perlait. Il s'empressa de s'essuyer avec un mouchoir en ne relâchant pas son regard froid.

"Hélas, ma complainte semble différente de la votre. Je ne m'adresse pas à la Lune afin d’accéder à une quelconque vérité, à un quelconque savoir. Elle est ma pale confidente, voilà tout. Le clair obscur dont elle baigne la nuit mais aussi la givre qui recouvre ma peau lors de ces hivernales soirées m'apaise et étouffe d'une diaphane lumière mes lamentations et mes sanglots. Dans l’écrin d'argent qu'est celui des nuits où la lune est pleine, je connais un semblant de sérénité, mes tourments s'éteignent durant quelques heures … Hélas, la flamme qu'ils incarnent se manifeste bien vite à nouveau le long de la chandelle qu'est mon âme, et me consument peu à peu, sans relâche …"

J'avais l'impression de me voir en lui. Même si lui donnait plus l'impression d'un enfant perdu, que sommes-nous tous après tout ? Des enfants qui ne savent pas où aller ou qui s'en donnent l'impression.
Je souriais toujours, sans vraiment m'en rendre compte, comme un automate. Je voyais qu'il hésitait et qu'il ne semblait pas vraiment savoir quoi faire. Puis il décida de monter les escaliers menant au toit, acceptant par ailleurs mon offre. Il avait fait le bon choix.
Ayant accepté, il gravit les marches, moi à ces côtés, la démarche droite et noble, l'allure dure mais agréable, froide mais encourageante, mélancolique mais chaleureuse. La frontière entre l'antipathique et le social. Le psychologue prude et le meilleur ami fêtard.
On arriva rapidement à la porte qui menait au toit. Je ne lui lançai aucun regard et pris l'initiative d'ouvrir la porte, le geste vif du vampire qui avait de l'expérience. Je trouvai de suite la clé car j'avais eu le temps d'analyser mon trousseau après que Merry m'ait demandé les clés.
J'ouvris donc la porte et là, je sentis le froid m'enlacer. Il ne me faisait pas de sensations mais je savais qu'il était là car je m'étais entraîné à le percevoir. C'était une froide soirée, près du négatif je dirais. Arrivé sur le toit, je me retournai et fit face à mon interlocuteur nocturne, le regard perçant ses yeux et pénétrant son cerveau:

"Simple curiosité, depuis combien de temps arpente-tu ce monde ?"

C'était une question simple c'est vrai, mais je savais qu'il ne fallait pas se fier aux apparences. Les vampires avaient ce chic de cacher leur âge, surtout les vieilles vampires comme ma mère. Mais ça arrivait aussi aux hommes, par conséquent je ne pouvais pas savoir avec exactitude quel âge avait mon comparse. Ca me permettait de savoir de quel façon s'adresser à lui, si je devais plus prendre une attitude responsable ou plus une attitude d'égal à égal, même si je tendais déjà plus vers cette optique-là quel que soit l'âge.
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Mer 31 Déc - 15:50

J'entendis bientôt son pas feutré auprès du mien, lui même assez silencieux. A croire que les vampires étaient tant accoutumés à la Mort et au silence qui l'accompagnait que celui ci plaçait ses pas dans chacun des leurs. Qu’étions nous d'autres, si ce n'est de généreux donateurs d'un funeste présent ? La mort au bout des lèvres, la mort au bout d'un baiser déposé dans la chaleur du cou de notre victime. Chaleur qui la quitterait à tout jamais lorsque nous nous détournerons d'elle.
Seul le léger bruit de ses pas résonnant sur le marbre m'indiquait qu'il était bel et bien là. Je gardais les yeux fixés vers les marches défilant unes à unes, si bien que je ne lui adressais pas le moindre regard. Seul ce timide son qui n'osait s’élever le différenciait des fantômes qui peuplent mes soirées. Tandis que nous nous rapprochions de la porte trônant en haut des marches, je me mordais nerveusement la lèvre inférieure, m'interrogeant sur la justesse de mon choix. J'avais peur qu'il me questionne, qu'il cherche à me connaître davantage. La dimension relationnelle m'avait toujours effrayé, je m'étais toujours méfié d'autrui. Je savais que nous étions nombreux dans ce cas, mais cela ne me faisait en rien relativiser. J'ignorais quel enrichissement je pouvais tirer d’une rencontre,  seulement les blessures. Bien que toute expérience, bonne ou mauvaise, relève d'un intérêt à être vécue, je préférais dans ces cas m'abstenir.
Je jetais un regard en biais à celui qui m’apparaissait de plus en plus comme un spectre crépusculaire. Sa démarche était empreinte d'une certaine noblesse tout en restant détendue. L’ambivalence qui pouvait émaner de ce vampire me surprenait. Comment pouvait on à la fois paraître heureux, de bonne humeur, tout en demeurant froid et antipathique ? Tout chez lui m’échappait. Du moins tout ce qu'il laissait paraître. J'avais discerné derrière ses sourires autre chose, bien que je n'arrive pas encore à mettre des mots dessus : regrets, remords, douleur … Ce n'était pas cela non. C'était plus trouble, bien plus nuancé. Mais je n'arrivais pas à imaginer les souvenirs qui pouvaient bien l'habiter, comme chacun de nous est peuplé de ses propres démons.

Lorsque nous arrivâmes en haut des marches, il me devança et se dirigea vers la porte. Saisissant ses clés, il trouva rapidement celle qui correspondait à la serrure et la porte se déverrouilla d'elle même. Sans lui, je n'aurais donc pu admirer la nuit tomber. Sa vitesse d’exécution dénotait une expérience dans son métier, et son initiative une certaine forme d'autorité mais aussi de vécu. Relevant ces quelques détails par habitude d'observation, j'en déduisis qu'il devait être surveillant depuis un moment mais aussi qu'il devait s'agir d'un vampire plus âgé que moi, doté d'une connaissance de la vie que j'étais encore loin de posséder. Je veillais néanmoins à ne pas porter trop de crédit à mes conclusions, quelques peu hâtives. Il m'arrivait de me tromper, bien trop souvent à mon goût.  
Le froid me saisis tout entier, me faisant frissonner légèrement. Bien que plus résistant que les humains, j'étais encore un jeune vampire. Je supportais bien moins le froid que mes aînés, qui parfois pouvaient développer une totale immunité face au froid. Néanmoins, j’appréciais à sa juste valeur la caresse du vent, couvrant ma peau du délicieux frisson qui accompagne la givre de l'hiver. Les premiers matins de gel s'étaient déjà déroulés, accueillant les élèves et les professeurs allant à leur premier cours d'une vaste étendue blanche, tel un océan couvert par la glace. Un océan autrefois émeraude, si l'on considérait l’herbe qui entourait le manoir. J'aimais l'hiver. Il était si loin de la chaleur du feu qui me causait tant de terreur. L'image d'un manoir calciné se présenta à mon esprit, me faisant frissonner à nouveau. De peur cette fois.
Je repoussais la funeste et brûlante pensée dans les tréfonds de mon crane. Il ne rimait à rien d'y songer.

La nuit était déjà tombée. J'esquissais quelques pas sur le toit, suivant le vampire devant moi. Il mesurait la même taille que moi, bien qu'il soit d'une carrure plus importante.  Placé ainsi auprès de lui, je devais paraître fragile et effacé. Cela n'avait pas une grande importance.
Il a fait volte face, se tournant vers moi. Ses yeux se plantèrent dans les miens, perçants. Un malaise immédiat m'envahit. Je détestais que l'on me regarde ainsi. J'avais alors la sensation que l'on lisait en moi, comme si j'eusse été qu'un livre patientant d’être ouvert. J'avais le sentiment qu'il s'insinuait dans les tréfonds de mon être, explorant les profondeurs de mon âme. Je détournais le visage lorsque sa question retentit dans la nuit. A nouveau cette façon de faire résonner le silence. Cela aussi m'intriguait.


"J'ai eu 116 ans il y a peu … "

Je répondais simplement : je n'avais aucune raison de m’étendre pour une question aussi simple et concise. Je m’avançais alors, le dépassant, m'approchant du rebord du toit. Je m’arrêtais au bout de celui ci, déposant mon regard sur les ténèbres de cette nuit au clair de lune qui enveloppaient les alentours. Faisait il nuit, là bas, au delà de l'horizon ? Ou les ombres berçant ma vision étaient elles partout les même ?
Je me retournais à nouveau vers lui, lui retournant la question. Je me doutais déjà qu'il était plus âgé que moi, peut être deux cent ans. Ce n'était là qu'une supposition bien entendu.
Sans attendre sa réponse, je me laissais tomber sur le rebord, m'asseyant. Je me détournais alors à nouveau, rivant de nouveau mon regard vers la nuit. Mes jambes se balançaient faiblement dans le vide nocturne. Je ne savais si il considérait comme une forme d''impolitesse le fait de poser une question et de se détourner avant d'en entendre la réponse. Néanmoins, cela ne m’empêcherait pas d’être attentif à ses dires. Et puis j'étais ainsi. Calme, mais impatient.


Dernière édition par Anathème Vyrad le Mer 31 Déc - 19:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Mer 31 Déc - 19:14

"J'ai eu 116 ans il y a peu …"

Il se détourna alors de moi et s'approcha du rebord du toit. Il se mit à admirer la lune quelques instants et se retourna vers moi pour me retourner la question.
Alors que je pris une mine soucieuse pour essayer de me souvenir de mon âge exact, il se laissa tomber sur le rebord du toit, fixant l'obscurité dense de la nuit qui nous était si familière à nous autres créatures de l'ombre. Il balançait ses jambes faiblement, d'un air un peu nonchalant que j'aimais bien retrouver. Je retrouvai enfin mon âge précis et décidai de tourner ça d'une façon un peu mieux formulé que juste "J'ai 286 ans":

"Cela fait presque 3 siècles que je vois le monde tourner sans y apporter ma marque. 287 ans pour être précis."

Je m'approchai doucement de lui, à environ 1 mètre sur sa droite, et m'assis calmement sur le rebord d'un geste leste mais vif. Je posai alors mon regard sur la lune, cet astre vespéral sur lequel je posais mes yeux depuis longtemps déjà. Cet astre me représentait, en quelque sorte, et c'était en ça qu'il m'attirait et m'intéressait: condamné à la solitude, la face obscure et la lumière blafarde, les contours en apparence arrondis mais en réalité bossus. Je me délectait de la vue de la lune comme les dieux appréciaient leurs nectars au temps des grecs. Je me doutais que mon compagnon ressentait le même genre de mystérieuse attirance pour cette sphère de lumière.

Je repris alors ma naturelle froideur distante, effaçant les quelques traces de chaleur que j'avais réussi à conserver jusqu'alors. Cette chaleur ne me correspondait pas, et mon compagnon ne se gênait pas de tant de subterfuges et d'apparences, alors je décidai de reprendre mon aspect normal. Ma voix était un peu plus grave, un peu plus profonde et moins chaleureuse qu'avant.

"Je ne me souviens plus de la première fois où j'ai croisé le regard de ma promise. Cette promise à la peau blafarde, au regard éternel, à la douceur spectrale. La Lune."

Je pris une petite pause de quelques secondes puis repris:

"Tu sais tout comme moi que nous en avons encore pour quelques millénaires si aucun chasseur ne nous tue avant. Comment vis-tu l'apparente éternité que l'on nous offre et que beaucoup d'humains recherchent?"
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Jeu 1 Jan - 14:13


Trois siècles, a peu de choses près. Le regard perdu dans le gouffre obscur s’étendant sous mes pieds, je tentais de m'imaginer ce que l'on pouvait bien ressentir de vivre depuis si longtemps, sans n'avoir rien accomplit. En étant resté une ombre parmi celles de la nuit, longeant les murs des ruelles comme on longe les murs de l'existence. N'avoir jamais été véritablement là. Cette sensation je la connaissais, mais je ne pouvais me douter de l'intensité avec laquelle il pouvait l’éprouver. Il avait formulé sa phrase de manière mélodieuse et réfléchie, ce qui me fit doucement sourire dans l'ombre. Enfin un détail pour lequel nous étions différents. Je n'enrobais pas les phrases simples ou qui me paraissaient dénuées d'intérêt. Je ne désirais donner corps qu'aux beautés muettes, inaudibles et intangibles. Quelque chose d'aussi simple que l'age ne me paraissait pas doté de cette beauté. J'y voyais seulement un décompte arbitraire, nous rapprochant davantage de notre fin chaque année, précipitant notre chute dans l’abîme de la déchéance. La déchéance même était belle oui … Pas ce qui nous y menait.

Je le perçu s’asseoir quelques instants plus tard. Mon regard demeurait rivé vers les profondeurs qui sous nous s'étendaient. La douce lumière qu'émanait l'astre d'argent au dessus de nous était tantôt ténue par quelques nuages, vaisseaux vaporeux dans cette mer de ténèbres. Ils dérivaient, paisibles, au gré de l'écume lumineux des étoiles, éprouvant les embruns de la brise nocturne. Je pouvais presque entendre les eaux gronder de colère, emportées par un orage rugissant. Le ciel pourtant, était absent de toute trace orageuse. Ce n'était que mon imagination … Encore.
Lorsque il évoqua sa rencontre avec la demoiselle d'argent veillant sur nous depuis son trône céleste, je levais moi aussi le visage vers elle. Sa lumière caressait doucement mon visage, dont les traits s'adoucirent. Je n'avais pas prêté attention au changement de ton de mon interlocuteur, redevenu froid. Seule la glaciale surface de la lune me captivait, fascinante, attirante. Déjà, je m'étais imaginé qu'il s'agissait de la dernière larme de Lucifer, versée  lorsque celui ça choira des célestes étendues. Les anges l'avait alors dépossédé de cette dernière trace de pureté avant de la suspendre dans le ciel, aux coté de la myriade étincelante des pleurs versés par eux même. Mais aucun angélique sanglot n'égalait la beauté de celui de la créature maudite.
Je songeais moi même à ma première rencontre avec l'oiselle d'opale à qui les oiseaux nocturnes dédiaient leurs tristes litanies. Je l'avais oublié moi aussi. La douleur de la perte d'un tel souvenir me saisis bien plus cruellement que le froid un peu plus tôt. Néanmoins, la question qu'il émit quelques secondes plus tard mit vite fin à ma nostalgie.
Je détournais le visage de l'iris d'argent du ciel pour le regarder. Mon regard était froid, l'azur et l'argent de mes yeux irradiant faiblement dans la lumière lunaire. Il avait posé exactement le genre de questions auxquelles je ne souhaitais pas répondre. Cependant, je pouvais supposer qu'il connaissait les mêmes tourments qui pouvaient me hanter. M'ouvrir à lui me permettrait peut être d'en apprendre plus sur moi même. Détournant à nouveau le visage pour contempler les ombres changeantes de l'horizon, je laissais un échapper brièvement un soupire. Ma voix se fit claire, mélodieuse, absente de toute froideur ou d'antipathie.


"Je ne sais pas si je peux me permettre de nommer ça « vivre » … Je me contente d'exister. Je me laisse porter au gré des jours sordides, emporté par la lassitude des heures sans fin, anonyme parmi une nuée de visages sans vie dont la joie à depuis longtemps déserté les regards. Ces regards changent de jour en jour, d'année en année. Mais mon sentiment de perdition lui, reste le même. Je me sens perdu dans cette apparente éternité dont nous disposons, égaré dans les cieux vides délimités par les cadrans des horloges. Les aiguilles  me transpercent de part en part mais je ne ressens rien. Pas même la douleur. Seulement une tristesse indéfinissable, une sombre mélancolie qui fait de moi une ombre. Alors suis je véritablement ? "

Je laissais planer un silence de quelques minutes, me laissant le temps de songer à mes propres paroles. J'étais perdu oui, perdu comme l'est l'unique flocon tombant du ciel et heurtant avec violence le sol de marbre, se consumant. Il ne demeure aucune trace de sa présence, si ce n'est une légère humidité, une larme trop tôt versée. Ces pensées, ce sentiment de détresse, ces tourments me torturaient. Je n'arrivais à trouver dans mon existence aucun charme, pas même funeste comme le sont les quelques vers que je parviens à formuler au bout de mes lèvres.

"… Puis-je me permettre de vous retourner la question ?"

Mon regard ne quittait pas les ténèbres de la nuit, que la lumière de la lune ne savait totalement dissipés. Comme si je cherchais une réponse à mes interrogations dans l'obscurité s'insinuant entres les arbres parsemant la ligne d'horizon.

Je cherchais une réponse dans les ténèbres en ignorant la lumière.
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Sam 10 Jan - 19:22

Après avoir observé la dame d'argent pendant un moment, il se retourna vers moi. Sa voix était plus mélodieuse et elle n'était plus empreinte de froideur ou d'antipathie:

"Je ne sais pas si je peux me permettre de nommer ça « vivre » … Je me contente d'exister. Je me laisse porter au gré des jours sordides, emporté par la lassitude des heures sans fin, anonyme parmi une nuée de visages sans vie dont la joie à depuis longtemps déserté les regards. Ces regards changent de jour en jour, d'année en année. Mais mon sentiment de perdition lui, reste le même. Je me sens perdu dans cette apparente éternité dont nous disposons, égaré dans les cieux vides délimités par les cadrans des horloges. Les aiguilles  me transpercent de part en part mais je ne ressens rien. Pas même la douleur. Seulement une tristesse indéfinissable, une sombre mélancolie qui fait de moi une ombre. Alors suis je véritablement ?"

Il laissa le silence pénétrer l'atmosphère qu'offrait notre discussion. Puis il reprit, les yeux rivés sur les ténèbres de la nuit:

"… Puis-je me permettre de vous retourner la question ?"

Comment je vivais moi-même l'éternité? Mon esprit a sûrement changé au cours des décennies mais je pense que je l'ai toujours pris avec une certaine distance. Qu'est-ce que l'éternité, si ce n'est l'exacerbation des douleurs?
C'est probablement ce que se disait ce jeune vampire, mais il n'avait pas fini ses réflexions. Il n'en était qu'à la moitié. Car si vivre était en effet souffrir, c'était aussi aimer. Aimer la vision de la lune, aimer l'accomplissement de son propre être, aimer les bienfaits qu'on apporte au monde et la marque que l'on y appose. Je pris donc la parole, sans changer de ton ou de timbre de voix:

"Au final, l'éternité est à double tranchant. Elle exacerbe la douleur mais appuie sur le sceau que tu appose sur le monde. Tu n'es qu'à la moitié de ton périple spirituel selon moi, et tu ne vois pour l'heure que l'obscurité dans le monde déjà sombre dans lequel nous progressons. Ne survis pas malgré toi, mais donne toi une raison de te battre. Certains le font par justice, d'autre par bonheur, d'autre par amour. Pour ma part, je vis par sagesse. Je vis dans l'obscurité mais mon esprit est une torche qui me sert à avancer. Et mon but est de trouver une raison de me battre.
C'est paradoxal en soi. Vivre pour trouver une raison de vivre. Mais ça me relie à la vie par un lien que l'on ne pourra jamais altérer.
Ce que je sais, concrètement, c'est que les fois où je me suis senti le plus en vie c'est les fois où je me suis senti aimé. Elles ont été rares et souvent illusoires, mais elles existaient.
"

C'est vrai que l'amour était un sentiment des plus fort. L'amour pour toute chose, que ce soit pour une personne que pour une cause.
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Mar 10 Fév - 22:15

Ses mots raisonnaient sourdement dans mon esprit, tandis que je tressaillais imperceptiblement à leur écoute. Lorsqu'il eut terminé, je laissais de nouveau le silence planer tel un sinistre oiseau noir au dessus de nos têtes. Je l'écoutais croasser tel un corbeau au plumage d'encre, le regardais voler majestueusement au dessus du vide comme si rien ne pouvait l'atteindre. Je savais pourtant que le moindre mot aurait l'effet de la plus violente des bourrasques, perturbant son vol gracile et le précipitant dans les ténèbres de l’abîme nocturne. J'étais comme cet oiseau d'ombres. Je me donnais l'impression d’être inatteignable, m’élançant dans le ciel de l'existence et y planant sans que rien ne puisse me précipiter vers le gouffre dont mes battements d'ailes m'éloignaient. Mais la moindre brise suffisait à briser me ailes et à me précipiter vers la déchéance m'attendant sur la terre ferme. Comme le silence, le moindre mot suffisait à me briser.
Heureusement, les mots de mon compagnon d'infortune ne suffisaient pas à fragmenter mon âme, ne serait ce qu'a la fêler.  Elles suffisaient cependant à éveiller mon intérêt et à me faire réfléchir. Un nouveau point de vue sur le semblant d’éternité qui nous attendait était enrichissant, et il était rare que je puisse en entendre un. Je n'avais jusqu'à alors jamais eu de véritable conversations avec un vampire plus âgé, si ce n'est celle qui fut ma protectrice durant ma captivité au sein du clan ayant assassiné ma famille. Elle était étonnement jeune pour en être la dirigeante, mais elle disposait déjà d'une grande sagesse malgré ses 201 ans. Nombreuses furent les soirées que nous passâmes installés devant l’âtre de la cheminée, émettant une douce chaleur diffuse dans la bibliothèque …  
Je choisissais de brider ma nostalgie et tachais de me concentrer sur le présent. L'heure n'était pas aux réminiscences.

« Vivre pour trouver une raison de vivre ». Cette phrase allait et venait dans mon esprit, en heurtant les parois pour finir par y flotter doucement, telle une épave céleste dérivant vers un naufrage certain. Le terme était paradoxal, mais cela ne me gênait pas en soi. Je trouvais au contraire sa phrase très belle, et porteuse d'un vrai sens. Le lien qui nous unissait alors à l'existence était invincible, inattaquable. Tant que l'on y croyait, rien ne pourrait nous en éloigner. Seulement … L'idée de ne jamais trouver était angoissante. Cela illustrait tout à fait l’éternel sentiment de perte : toujours être à la recherche de ce que nous ne finirons sans doute par ne jamais découvrir. C'était bien sur cette sensation qui était exaltante, qui rendait la vie intéressante. Mais c'est aussi cela qui lui procurait ce don d'exalter nos douleurs, de les exacerber autant qu'il soit possible de le faire. Je laissais échapper un faible soupire, ramenant contre mon torse mes jambes qui pendaient dans le vide. Je demeurais en équilibre sur le rebord du toit, en perpétuelle recherche de d'inertie, en perpétuel risque de perdre l'oscillement si délicieux, ce frisson qu'est la possibilité de chuter à tout moment. Comme dans la vie.


« Hélas je survis bel et bien malgré moi … Je n'ai trouvé aucune utilité à ma vaine existence, si ce n'est celle de la vivre intensément, de découvrir mes émotions et de les traduire avec des mots. D’exacerber la passion qu'est la mienne, dans les bras de la douleur et de la mélancolie. Mon but découle donc du fait de n'en avoir aucun et de ne pas souhaiter en posséder. Mes lamentations naissent de ma perdition, or je vis pour elles. Je ne souhaite trouver un but me tirant de cette perte et de cette impuissance face au destin, puisque c'est justement cela qui retirerait à mon éternité tout son sens. Je n'aspire pas au bien être. Je me complaît dans le malheur et le tourment, plongeant au cœur du Sublime et l'exprimant avec toujours plus d'ardeur au fil des arabesques noirâtres de l'encre. Je ne vis pas pour l’amour, le bonheur, ou même la sagesse. Le premier n'est qu'une forme subtile et cruelle de souffrance que j'ai un jour connu et dont je ne serais jamais capable d'oublier la brûlure. Le second n'est que l'antonyme de la satisfaction. La sagesse enfin, je l'acquiers au jour le jour, ou du moins je tente de l’acquérir … Je sais pertinemment ne pas avoir encore accomplit l'ensemble de mon éveil spirituel. Mais le temps m'en offre amplement l'opportunité. Et cet éveil n'est, de toute manière, jamais achevé ... »

Je tournais ma tête vers lui, la penchant légèrement sur le coté, avant de sourire faiblement dans la pénombre. Cette discussion calme et bercée par l'air paisible de la nuit m'apaisait peu à peu.  Je guettais sa réaction, j'attendais ses propos. Je ne jouais plus. J'avais cessé mon illusoire amusement qu'était celui de l'éloquence. Je ne me dissimulais plus derrière les mots, mais révélais plutôt une part de ceux que je dissimulais en moi. Je lui faisait don d'une pensée de ma part, ce qui n'arrivait que rarement. Mais mon interlocuteur s'avérait d'un entretien des plus agréables, et d'une conversation des plus intéressantes. J'aurais trouvé injuste de lui dissimuler mes pensées, alors qu'il m'avait ouvert la porte sur les siennes.
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Jeu 12 Fév - 23:11

Il mit quelques secondes à réfléchir à ce qui je lui avais précédemment dit. Puis il lançai un petit soupir ramenant ses jambes contre lui de manière à être en équilibre sur le rebord du toit. Sans qu'il ne l'aperçoit je pense, je focalisai un peu plus mon regard sur lui, guettant ses faits et gestes pour exécuter un peu plus sérieusement mon devoir de surveillant et ne pas, par mégarde, laisser Anathème sombrer dans l'obscurité.
Il me dit alors, d'une voix qui trahissait un certain désespoir bénin, dans le fond:

"Hélas je survis bel et bien malgré moi … Je n'ai trouvé aucune utilité à ma vaine existence, si ce n'est celle de la vivre intensément, de découvrir mes émotions et de les traduire avec des mots. D’exacerber la passion qu'est la mienne, dans les bras de la douleur et de la mélancolie. Mon but découle donc du fait de n'en avoir aucun et de ne pas souhaiter en posséder. Mes lamentations naissent de ma perdition, or je vis pour elles. Je ne souhaite trouver un but me tirant de cette perte et de cette impuissance face au destin, puisque c'est justement cela qui retirerait à mon éternité tout son sens. Je n'aspire pas au bien être. Je me complaît dans le malheur et le tourment, plongeant au cœur du Sublime et l'exprimant avec toujours plus d'ardeur au fil des arabesques noirâtres de l'encre. Je ne vis pas pour l’amour, le bonheur, ou même la sagesse. Le premier n'est qu'une forme subtile et cruelle de souffrance que j'ai un jour connu et dont je ne serais jamais capable d'oublier la brûlure. Le second n'est que l'antonyme de la satisfaction. La sagesse enfin, je l'acquiers au jour le jour, ou du moins je tente de l’acquérir … Je sais pertinemment ne pas avoir encore accomplit l'ensemble de mon éveil spirituel. Mais le temps m'en offre amplement l'opportunité. Et cet éveil n'est, de toute manière, jamais achevé ..."

Il se retourna et me fit un sourire dans la pénombre, comme un signe que la distance sociale ou quoi que ce soit d'autre n'avait plus d'importance ici et maintenant.
Il avait raison, il avait encore le temps de changer d'avis. Si aucun chasseur ne le tue avant. J'avais rarement croisé de chasseurs au cours de ma vie, ma famille se tenant plutôt à carreaux. Mais j'avais déjà tué deux ou trois chasseurs qui se rapprochaient dangereusement de moi et de mon frère. Je me souviens encore de la haine dans leur regard alors que je ne m'étais jamais nourri d'humains innocents. J'avais toujours attaqué les gens mauvais ou qui avaient commis un acte malsain. Même si au fond, tout homme ou toute créature doté de conscience était mauvaise, malgré elle pour la plupart, en accord avec leurs envies pour certains. Je me jugeais plutôt philantrope dans l'âme, je croyais aux hommes et à la possibilité qu'ils accomplissent de grandes choses. Mais j'étais aussi conscient qu'ils étaient mauvais et parfois dotés d'une rare cruauté. C'est souvent pour ça que des vampires sombrait dans ce qu'on pourrait appeler une dépression, comme dans le cas d'Anathème. Mais il réussissait à vivre avec et ça devenait comme une seconde nature. Des ténèbres qu'on ne pouvait plus chasser. Le seul qui chasserais l'obscurité dans le coeur d'Anathème était Anathème lui même.

"Tu as tout le temps pour changer, en effet... Je pense que j'aurais pu penser comme toi, mais petit à petit cette idée m'est sorti de la tête et j'ai réussi à développer une forme d'optimisme. Je me dirais réaliste dans l'âme plus qu'idéaliste, car je crois en la bonté de l'homme, mais je crois aussi en sa barbarie et sa méchanceté. Toi qui ne vois que par souffrance, tu t'es arrêté au fait qu'il y a beaucoup de douleur et de souffrance dans ce monde, et tu t'es dit que jamais on ne pourra le changer. Et je te répondrais que c'est vrai, l'homme n'est pas assez bon dans l'âme pour changer, mais il n'y a pas que la souffrance. Il existe de bonnes choses dans ce bas monde. Et ça, l'homme non plus ne le changera jamais. M'enfin, je suis conscient que cette conversation ne fera qu'au mieux te faire réfléchir, mais tu ne changeras pas comme ça. Ta "rancœur" envers le monde ne disparaîtra peut être jamais, il n'appartient qu'à toi d'y travailler ou pas."

Je lui rendis donc son sourire, le regard plutôt sérieux qui contrastait un peu avec cette marque d'affection relativement rare que j'employais actuellement. Je jetai mon regard vers la forêt qui entourait la cité scolaire en proie au temps. La nature elle aussi était très belle et méritait qu'on s'y attarde au lieu de tout foutre en l'air avec la pollution. Malheureusement, la prise de conscience universelle n'existait pas, et par là le destin du monde était scellé de toute façon. Peut-être même assisterais-je à la fin des temps si j'ai de la chance.
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Sam 14 Fév - 13:55

Nous nous enfoncions toujours plus dans l'obscurité de la nuit, nos mots s'enfonçant toujours plus profondément dans le silence.  Tel un pieu dans le cœur d'une créature nocturne. Lorsque je laissais mon regard dériver vers la ligne d'horizon, baignée dans l'ébène du ciel et l'argent des étoiles constellant le firmament, j'avais la sensation que nous étions seuls sur terre. Pas un bruissement, pas un souffle de vent. J'avais toujours aimé le calme s'emparant du monde au gré de ces quelques heures ténébreuses : le Temps paraissait ralentir, les engrenages de cette complexe horloge cessant de crisser douloureusement à mes oreilles. Les aiguilles cessaient leur course inlassable, cessaient de me transpercer de par en par. Je n'étais plus suspendu au mur de l'existence par ces pieux fins, pénétrant ma chair. La demoiselle d'ombre qu'était la Nuit les saisissait, des torrents sanglants s’échappant de ses mains tandis que ces aiguilles acérées lui laceraient la peau. Je tombais dans un bruit sourd sur le sol de ma cellule corporelle. Le sol froid glaçait mes membres. Les formes obscures de mes pensées s'agitaient sur les murs, étendant leur bras de gaze comme si ils cherchaient à me retenir. A mes pieds grouillaient les remords et les regrets, comme autant de vermines néfastes. La Nuit me guidait hors de cette prison, hors de ce cauchemar. Hors de moi.
J'avais appris à vivre avec cette douleur que sont les regrets, ces supplices que sont la lassitude et le désespoir. Je me complaisais dans ces sévices, dans cette souffrance. Je me complaisais à l'exalter en même temps que ma passion pour le Sublime. Sado-masochisme spirituel, bonsoir.


« L'optimisme … Je ne sais comment l'on pourrait développer un tel sentiment, face au poids du destin qui nous accable. Nous sommes condamnés à errer … A errer sur une terre peuplées d’êtres rongés par le vice, cédant et abdiquant face au Mal qui, selon le folklore, nous aurait engendré. Je ne crois pas plus en l'Homme qu'en nos semblables, je n’espère plus rien du sort. Je ne vois pas la souffrance qui nous entoure. Je la ressens. Je l'entend sangloter faiblement dans le noir. Ses pleurs me déchirent. J'aimerais la consoler, lui présenter ma propre douleur. Mais la sienne a laissé des plaies béantes sur son corps frêle, des plaies qui ne se refermeront jamais. L'existence est ma plaie. La douleur qui parcoure chaque parcelle de mon corps a condamné mes sens. Je suis devenu aveugle … Je ne peux plus voir les bonnes choses dont peut receler le monde. Mes paupières ont été cousues avec le fil violacé de la peine. Sa couleur m'évoque celle des larmes des orchidées, les laissant couler à l'approche de l'hiver ... Je me suis laissé couler au fond de ma tombe, dans un cercueil de désespoir. Et cette « rancœur », comme vous la dénommez vous même, à déjà empoisonné mon cœur depuis maintes années. Elle s'écoule lentement dans mes veines, comme le venin de je ne sais quel cruel serpent. Je crains qu'elle ne finisse par me tuer un jour ... »

J'achevais ma phrase  dans un souffle, mon regard se perdant dans le vide. Mon sourire s'était évanoui au fur et à mesure que mes mots prenaient sa place au bord de mes lèvres. J'avais peur oui, de m'abandonner un jour tout à fait au désespoir. D’abdiquer face à la peine que je ne cherchais à réprimer. J'avais peur qu'elle me consume un jour tout à fait, ne laissant derrière elle que des cendres. J'étais déjà l'ombre de moi même … Une ombre pouvait elle brûler ?

Je suivais son regard vers la foret qui cernait le manoir. La lumière argentée de la lune faisait faiblement luire les gouttes de rosées sur les branches, comme les délicates larmes des rameaux pleurant la perte de leur feuillage verdoyant. La terre humide brillait doucement dans la pâleur et la lumière éthéré. Les sous bois semblaient scintiller dans la nuit … De là où nous étions, j'avais la sensation de contempler autant d'éclats de verre polis fichés dans le sol meuble. C'était véritablement magnifique … Si la Nature, au cours des heures que sont celles de la nuit, retenait son souffle elle ne perdait cependant rien de sa majesté. Étions nous condamnés à la détruire elle aussi,  nous détruire nous même ne suffisait il pas ?
Le désir d'annihiler sommeillait en chacun … L’anéantissement de l'autre, l’anéantissement de soi, était une jouissance pour l’être doté de conscience.

Je me retournais vers lui, souriant de nouveau dans la pénombre. Il était si loin de mon état d'esprit. Lui n'avait pas succombé à la noirceur, il la combattait encore. Son esprit luisait comme une torche dans l'obscurité, il l'avait lui même dit. L'obscurité m'avait avalé. Il avançait tandis que je demeurais inerte, prisonnier des entrelacs ténébreux de la gigantesque toile du désespoir. Je ne sais quand la funeste araignée viendrait me dévorer, mais elle ne saurait tarder à présent. Ryujia était fort, droit. J'étais faible et fragile. Cette admiration inconsciente avait germé en moi comme un plant dont je n'aurais jamais souhaité sentir les racines. Le soleil noir de la jalousie et de la haine finirait par en faire faner les feuilles. Je ne l'ignorais pas …
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MessageSujet: Re: [TERMINÉ] Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer" [Ryujia Dragonstone/Anathème Vyrad]   Sam 14 Fév - 19:02

« L'optimisme … Je ne sais comment l'on pourrait développer un tel sentiment, face au poids du destin qui nous accable. Nous sommes condamnés à errer … A errer sur une terre peuplées d’êtres rongés par le vice, cédant et abdiquant face au Mal qui, selon le folklore, nous aurait engendré. Je ne crois pas plus en l'Homme qu'en nos semblables, je n’espère plus rien du sort. Je ne vois pas la souffrance qui nous entoure. Je la ressens. Je l'entend sangloter faiblement dans le noir. Ses pleurs me déchirent. J'aimerais la consoler, lui présenter ma propre douleur. Mais la sienne a laissé des plaies béantes sur son corps frêle, des plaies qui ne se refermeront jamais. L'existence est ma plaie. La douleur qui parcoure chaque parcelle de mon corps a condamné mes sens. Je suis devenu aveugle … Je ne peux plus voir les bonnes choses dont peut receler le monde. Mes paupières ont été cousues avec le fil violacé de la peine. Sa couleur m'évoque celle des larmes des orchidées, les laissant couler à l'approche de l'hiver ... Je me suis laissé couler au fond de ma tombe, dans un cercueil de désespoir. Et cette « rancœur », comme vous la dénommez vous même, à déjà empoisonné mon cœur depuis maintes années. Elle s'écoule lentement dans mes veines, comme le venin de je ne sais quel cruel serpent. Je crains qu'elle ne finisse par me tuer un jour ... »

Sa réponse trahissait son abandon. Mais même s'il croyait avoir abandonné, j'avais une preuve irréfutable qu'il se battait toujours: il était en vie. S'il ne se battait réellement plus, il aurait accéléré sa mort pour en finir avec tout ça. Ses personnes à cheval entre la vie et la mort m'avait toujours intéressé. Je ne parlais pas des pisseuses de 15 ans qui trouvaient que la vie c'était de la merde et qui se scarifiait pour se donner un genre, ni même des vieux travailleurs usés par le travail qui disent ne plus vouloir vivre. Je parlais des vrais cas de dépressions, des cas où la vie n'a plus de valeur. Les sauver n'était pas choses aisés, et quand c'était possible, cela demandait souvent énormément de sacrifices. Je n'étais pas du genre à les sauver, j'en avais rarement la force, mais je les estimais, même s'ils étaient dans le faux.
Je regardai mon jeune comparse qui me lançai un petit sourire. Je pense qu'au fond il m'avait compris - comment pouvait-il en être autrement de toute façon - mais il restait campé sur ses idées, ce qui est tout à fait compréhensible. La vie des vampires étaient souvent triste et parsemé de tragédie, il est vrai. Entre ceux qui se faisaient tuer par des chasseurs, ceux qui perdaient la tête et tuaient tout le monde et ceux qui étaient condamné à errer seul après la mort de leurs proches, on ne peut pas dire que c'était génial. Mais il restait tout de même un petit peu d'espoir, et c'est avec cette petite once d'espoir que je vivais pour ma part.
La nuit recouvrait de son noir manteau la forêt et le Refuge tout entier, donnant une note calme et silencieuse à l'endroit, lui rajoutant même une espèce d'aura de quiètude. Je regardai la lune, beauté parmi les beautés et reine parmi les reines, et la contemplai longtemps encore, le silence comme seul dialogue.

[FIN DU RP]
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