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 [Halloween] Nuit assassine, laisse-moi me dérober à ton regard, et n'étouffe mon coeur que lorsqu'en sera venu le temps... [Hyun-Ae Choe - Ombe Andersen]

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MessageSujet: [Halloween] Nuit assassine, laisse-moi me dérober à ton regard, et n'étouffe mon coeur que lorsqu'en sera venu le temps... [Hyun-Ae Choe - Ombe Andersen]   Ven 21 Oct - 16:04

Les vacances d’octobre venaient de commencer. Quinze jours pour souffler. J’avais chassé sans mal toute considération scolaire de mon esprit et était bien décidée à profiter au mieux du temps qui m’était accordé. Le mot « révisions » n’existerait plus jusqu’au dernier week-end…

Je devais passer la deuxième semaine chez mes parents, au Danemark, mais n’avais encore rien prévu pour la première. Profiter, simplement, de cette absence de contrainte. Le Refuge était en outre vraiment agréable durant les vacances puisque, une partie des élèves et du personnel absente, le règlement se faisait plus souple et l’ambiance générale bien moins agitée qu’en période de cours. Le couvre-feu par exemple ne semblait plus exister que pour être transgressé. Ce qui expliquait ma présence hors de son enceinte à cette heure tardive.

J’avais choisi la rivière pour ma première soirée de liberté. Je m’étais allongée sous le saule pleureur qui bordait les eaux et observait ses feuilles se balancer doucement sous l’air frais. A travers ce rideau glissant, la voûte du ciel se peignait peu à peu de couleurs chaudes, sur fond sonore de l’eau clapotante. Ma tête reposait paisiblement sur mon sac mauve gonflé, une fois n’est pas coutume, non pas de ma flûte mais d’une console et d’un roman policier ainsi que de mon fidèle carnet, bien entendu. Je n’avais encore touché à aucun des trois cependant, préférant laisser simplement mes pensées divaguer.

Puis les éclats de couleur se dissipèrent et un voile d’obscurité m’enveloppa toute entière. Mon corps n’était plus qu’une tâche sombre, dissimulé l’opacité cumulée de l’arbre et de la nuit. Pour me trouver, il fallait me savoir ici.

Alors seulement la pièce pourrait commencer.
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MessageSujet: Re: [Halloween] Nuit assassine, laisse-moi me dérober à ton regard, et n'étouffe mon coeur que lorsqu'en sera venu le temps... [Hyun-Ae Choe - Ombe Andersen]   Jeu 27 Oct - 0:10

Il faisait noir. Le Soleil semblait s'être couché bien plus tôt, et surtout très vite, ce soir là. Et c'était parfait. Un vent glacial s'était soudainement imposé, tandis que quelques gouttes étaient tombés. L'air n'était pas tellement frais, en ce début d'automne. Seulement le vent apportait cette impression qu'il faisait véritablement froid. Dans les ruelles de la ville, il n'y avait pas grand monde. A dire vrai, c'était comme si en ce soir là, tout le monde avait disparu. C'était pourtant un jour banal. Il ne s'était point passé quelque chose de spécial, d'alarmant. Enfin, en apparence seulement. Cette soirée qui avait débuté calmement, ne finirait sûrement pas de la même manière.

Elle avait passé des heures à y réfléchir. Elle avait passé son temps à observer, lorsqu'elle le pouvait. Tout cela pour la mener ici, là où était sa place. Pendant de longs mois, elle avait préparé un plan, que chaque jour elle améliorait. Celui-ci n'était que dans sa tête, elle ne voulait que quelqu'un se doute de cette supercherie. Pendant des mois, elle avait passé jour et nuit à observer ces murs blancs, un sourire plaqué sur les lèvres. Alors qu'autrefois, elle ne souriait jamais. Mais ce sourire qui la suivait depuis désormais longtemps ne témoignait pas réellement de sa joie, plutôt de sa folie. Oui, elle était totalement dérangée mentalement. Pourquoi se serait-elle retrouvée dans un asile, sinon ? Rares étaient les erreurs. La demoiselle en avait passé du temps enfermée. Elle était restée calme, incroyablement calme. Elle avait regardé ces gens entrant et sortant dans la petite pièce où elle avait vécu, sans jamais dire un mot. Elle se contentait de leur sourire, de cette façon qui glaçait le sang.

Ce soir, elle était libre. Son intelligence et sa patience l'avaient mené jusqu'ici, jusqu'au monde. Monde qu'elle rêvait de détruire, depuis qu'elle était une enfant. Cela la suivait depuis longtemps. A l'école, elle n'était pas le genre de personne à dessiner de beaux dessins. Non pas que ses dessins étaient affreux, mais leurs thèmes, eux, l'étaient. Pourtant, personne ne s'était jamais posé de question. Jusqu'au jour où l'Hybride prit un malin plaisir à tuer l'un de ses amis. Elle n'avait fait preuve d'aucune pitié, comme à son habitude. C'était loin d'être son genre. Entendre les gens crier de douleur, elle, ça l'amusait fortement. Psychopathe ? Oui, elle l'était. Folle ? Aussi. S'en rendait-elle compte ? Peut-être.

Hyun-Ae s'était empressée de courir dans les rues, profitant du fait qu'il n'y avait personne. Elle n'avait point de chaussures, mais cela ne la dérangeait pas. Elle pouvait bien courir pieds nus, se blesser ne serait pas un problème. Elle ne craignait pas tellement la douleur, pour tout dire. Elle était seulement vêtue de ce qu'elle avait eu à l'hôpital. Sa peau était aussi pâle que le tissu. Elle n'avait pas bonne mine, c'était certain. Ses cheveux noirs lui donnaient cet air encore plus effrayant, qui lui plaisait tant. Elle aimait faire peur. Surtout aux enfants, ils étaient des proies si faciles. Mais parfois, cela devenait ennuyant avec eux.

Elle s'était dirigée vers cet établissement qu'elle avait quitté, il y avait de cela quelques temps. Combien ? Elle ne s'en souvenait plus. En effet, elle avait perdu la notion du temps. Passer ses journées dans une pièce blanche lui avait fait encore plus perdre la tête que ce n'était déjà le cas. Pourquoi s'y était-elle rendu, à ce manoir ? Elle ne savait pas bien. Peut-être parce qu'elle avait des comptes à régler. Peut-être qu'elle prévoyait de massacrer tous ceux qu'elle avait détesté, lorsqu'elle y était. En soit, cela voudrait dire tuer tout le monde. Car la demoiselle n'aimait pas grand monde. L'adolescente s'était rendue à cette rivière qu'elle fréquentait tant, à ses heures perdues d'avant. Lorsqu'elle n'allait pas en cours, lorsqu'elle ne voulait pas. Elle se souvenait s'être assise devant la rivière, de nombreuses fois. L'avoir regardé, et s'être imaginée toute sortes d'histoires horrifiantes. Elle, ça lui plaisait. Elle avait toujours rêvé d'être le personnage principal d'un film d'horreur. Aujourd'hui, elle l'était. Mais ce n'était pas un film.

Cela faisait un long moment qu'elle observait cette jeune demoiselle, qui s'était installée sous un saule pleureur. Cela faisait peut-être même une heure, là non plus elle ne savait pas. C'était bien dommage, elle n'avait pensé à prendre de montre. Mais quelle utilité ? Cela lui aurait fait perdre son temps. Son sourire était toujours scotché à ses lèvres. Comme s'il y était gravé. Il semblait impossible de pouvoir le lui retirer. Était-ce réellement mal, après tout ? Il y avait bien longtemps, on lui reprochait de ne jamais sourire, sans pour autant être triste. Alors pouvait-on aujourd'hui lui reprocher de sourire, même si cela faisait un peu peur ? Cela serait ironique, injuste.

Après un long moment sans faire de bruit, en restant immobile, son rire se fit entendre. Un rire pire que celui des sorcières dans les films. Un rire qui ne présageait rien de bon. Hyun-Ae se déplaça alors, de sortes à ce que la rousse puisse la voir. Son regard d'où se lisait toute sa folie se posa sur la demoiselle. Elle semblait jeune. Pas tant que cela, en fait. Juste quelques années de moins que la folle. Mais cela n'était pas important.

« - Ma belle… tu sais que c'est dangereux d'être dehors, seule à cette heure-ci. N'est-ce pas ? Ce serait dommage qu'il t'arrive des malheur... »

Elle parlait fort. Très fort. Comme pour être sûre que sa camarade l'entende bien. Sur son visage, un faux air inquiet était apparu. Nul doute qu'elle se moquait simplement d'elle. Sincèrement, cette fille était folle. Mais après tout, elle ne savait pas qu'une malade s'était enfuie de son asile. La France entière ne tarderait sûrement pas à en être informée. Les gens ne tarderaient pas à s'enfermer chez eux, sous leur couette. Allait-on parlait d'elle aux informations à la télé ? Elle en serait flattée, véritablement. Et si elle devait une nouvelle fois tuer pour que cela arrive, alors elle ne se gênerait pas.

La demoiselle tourna autour de l'arbre sous lequel sa proie était installée, ne cessant de rire. Elle semblait tel un animal affamé, tendant un piège à son repas. Pourtant, Hyun-Ae ne comptait pas manger la jeune femme. Elle n'était pas certaine que la chaire humaine soit très bonne. Enfin, ce n'était que question de goûts. Dans le monde, certains devaient bien l'apprécier. Mais une nouvelle fois, ce n'était point son problème. Peut-être essaierait-elle un jour, à l'occasion ? Elle ne savait pas trop. Mais s'il y avait bien une chose dont elle était sûre, c'était qu'elle avait besoin de se défouler.

« - Mon Dieu si tu savais ce qu'il traîne, ces temps-ci… on aurait dû te conseiller de ne pas t'aventurer à l'extérieur. Enfin, avec moi tu es en sécurité... »
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MessageSujet: Re: [Halloween] Nuit assassine, laisse-moi me dérober à ton regard, et n'étouffe mon coeur que lorsqu'en sera venu le temps... [Hyun-Ae Choe - Ombe Andersen]   Sam 29 Oct - 16:59

Le calme de la nuit eut raison de moi. Bercé par le bruissement des feuilles dans le vent, mon esprit s'était peu à peu défait de toute cohérence, laissant mes pensées voguer comme bon leur semblait. Une voile de douceur rendait ma tête apathique, brumeuse, alors que la réalité s'éloignait progressivement de moi. Je n'avais plus conscience de rien ou, plutôt, ma conscience floue se concentrait sur le point précis de ce brin d'herbe agité par le vent et caressant mon poignet nu. Plus rien d'autres n'existait autour de moi, le monde se dilatait et mes prunelles, trop peu stimulées par l'obscurité lisse, ne tardèrent pas à se faire lourdes. Sans même pouvoir m'en rendre compte, je plongeai dans le sommeil comme Alice dans le Pays des Merveilles.

Comme souvent, mon rêve fut dépourvu de logique. Les lieux se transposaient les uns aux autres sans transition aucune ; je sautai d'intérieur en extérieur, de plaines boisées à rues encombrées de voitures et de lumières. Les visages se succédaient, certains que je n'avais jamais vus, et leurs paroles brouillonnes entraient dans mes oreilles sans paraître percuter le cerveau ni se relier entre elles par un semblant de sens. Mais il devait être possible d'atteindre d'autres niveaux d'étrangeté puisque je n'étais ni effrayée ni même dubitative devant ces tourbillons d'images. Lorsque, seulement, un éclat de rire jaillit dans mes oreilles sans que la source en fut visible, je m'autorisai un frisson et me réveillai enfin.

Je crus de prime abord rêver encore. Le noir s'étalait toujours devant mes yeux, d'une opacité sans fin, le rire résonnait toujours dans mes oreilles, retentissant. Il avait quelque chose de coupant et d'implacable et emplissait tout l'espace autour de moi, m'enfermant dans une bulle à la fois étouffante et glaciale. Mon poil se hérissa de nouveau sans que je ne puisse le contrôler. Je pressentais qu'il m'était destiné, sans pouvoir expliquer pourquoi, et qu'il ne présageait rien de bon. Et puis il s'arrêta, aussi soudainement qu'il avait jailli ; je n'eus pas le temps de souffler cependant qu'une tête brisait la perfection de l'obscurité devant mes pupilles. Une tête inconnue, au visage asiatique trop blanc, déchiré d'un sourire. Des filaments de cheveux noirs et raides en formaient les bords, mouvants sous l'effet de l'air. Je lui aurais accordé à peine quelques années de plus que les seize miennes, si elle n'avait cet air intemporel qui sied aux poupées de cire.

Une voix s'échappa d'entre ses lèvres, forte, dissimulant les bruits de l'eau et du vent. Ses mots se voulaient sans doute rassurant mais juraient trop avec l'éclat de ses yeux pour que ce soit si simple. Folie. Son visage s'était voilé d'une expression inquiète, également démentie par la lueur habitant ses pupilles. Alors seulement je remarquai l'estampille de l'hôpital apposée sur sa poitrine. Elle était vêtue d'une veste pâle et d'un pantalon large du service de psychiatrie.

Je me fis violence pour ne pas paraître apeurée. Folle ne signifiait pas dangereuse. Nuit et solitude se signifiaient pas dangereuse.

Elle ignorait que j’étais muette mais ne semblait de toute façon pas attendre de réponse. Elle avait recommencé à rire, de son même rire tonitruant et marchait autour de l’arbre, en un cercle dont j’étais le centre. Puis elle reprit ces paroles qui se voulaient rassurantes mais sonnaient d’une ironie tragique à mes oreilles. Quand elle dit que j’étais en sécurité avec elle, en sécurité, un électrochoc sembla me secouer et je sortis de la torpeur terrifiée dans laquelle j’avais été plongée jusqu’alors. Je me levai d’un bond.

D’un mouvement rapide, je lançai mon sac sur mon épaule et saisis mon téléphone. La lumière émise par l’écran perça le noir pour mon plus grand soulagement. Ainsi éclairée, l’inconnue me faisait penser à cette légende des sorcières de Salem, au nom de laquelle des femmes furent brûlées vives au Moyen-Age. Mais j’avais décidé de ne pas montrer ma peur ; et il fallait que je me conduise courtoisement, sinon quoi elle me poursuivrait jusqu’au Refuge.

J’envoyai un rapide message à ma compagne de chambre, lui racontant la rivière, mon sommeil et enfin l’inconnue. Ensuite j’ouvris une application de texte, ayant depuis longtemps renoncé à écrire sur papier durant la nuit.

« Ne vous inquiétez pas madame, tappai-je. Je vais rentrer, j’ai dépassé le couvre-feu, mais ça ne me prendra pas longtemps. »

Je lui montrai le texte. Le couvre-feu n’était qu’une excuse. J’aurais pu passer la nuit près de la rivière si j’en avais eu envie et n’avais craint d’avoir froid. Seulement, je ne voulais qu’elle croie que c’était à cause d’elle que je partais.

Folle ne signifiait pas dangereuse.
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MessageSujet: Re: [Halloween] Nuit assassine, laisse-moi me dérober à ton regard, et n'étouffe mon coeur que lorsqu'en sera venu le temps... [Hyun-Ae Choe - Ombe Andersen]   Sam 19 Nov - 12:12

Elle ne cessait de tourner autour de la jeune fille, comme ci celle-ci n'était qu'une proie. Un vulgaire morceau de viande, qu'elle allait s'empresser de dévorer. Peut-être était-ce d'ailleurs cela. Peut-être que la demoiselle à la chevelure de feu n'était qu'une simple chose qui lui faisait envie. Un peu comme les glaces vendues dans les rues, que la brune réclamait lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant. Cette époque si lointaine, dont elle ne se souvenait quasiment plus, et dont elle ne voulait pas se souvenir. Ce n'était en plus pas le moment. Elle avait bien d'autres choses à faire.

Ses yeux étaient grands ouverts. Il fixait ce visage pâle, ce visage aux traits parfaitement bien dessinés. Ce visage qu'elle n'avait jamais vu. Probablement parce que cela faisait bien du temps qu'elle n'était pas sortie de sa petite chambre aux murs peints en blanc imprégnés de l'odeur des médicaments. D'ailleurs, cette odeur, elle ne la sentait plus. Non, elle sentait tout autre chose. L'herbe fraîche, la terre mouillée par la pluie d'il y avait quelques heures. Elle redécouvrait de bien drôles de sensations, mais n'y prêtait malheureusement pas attention. Elle épiait, observait tous les moindre faits et gestes de sa camarade. Et lorsque celle-ci s'était levée en un bond, Hyun-Ae n'avait même pas été surprise. Ça n'avait rien d'étonnant. Cependant, elle pencha légèrement sa tête sur le côté, lorsqu'elle la vit sortir son téléphone pour y écrire quelque chose.

Il ne fallut que quelques instant pour que l'ancienne pensionnaire de l'hôpital ne comprenne. Sa chère camarade ne pouvait donc pas parler ? Quel dommage. Elle n'aurait pas le plaisir de l'entendre crier, elle devrait simplement se rattacher à l'expression de son visage. Tant pis. De toute façon, elle ne savait même pas encore si elle allait la laisser en vie. De simples idées lui traversaient l'esprit. De simples envies, comme elle en avait eu tant au sein de cet hôpital. Mais cette nuit, elle avait l'occasion de faire ce qu'elle souhaitait. Personne n'était là pour l'en empêcher, ou bien pour lui faire avaler toute sortes de médicaments lorsqu'elle devenait ingérable. Ces médicaments immondes, que tous les jours elle était forcée de prendre. Ils lui donnaient envie de vomir. Elle n'en avait pas besoin, de plus. Enfin, c'était ce dont elle était persuadée seulement. Mais ce n'était pas de l'avis des médecins.

Hyun-Ae s'approcha de la demoiselle, lentement. Comme pour ne pas lui faire peur, alors qu'elle savait pertinemment que pour cela, c'était trop tard. Une fois tout près, elle prit son menton entre son pouce et son index, pour lui relever légèrement la tête. Elle voyait son visage de près. Elle pouvait l'examiner. En mémoriser les détails. Un sourire étira ses lèvres pâles, alors que ses yeux se perdaient dans ceux couleur océan qui appartenaient à la demoiselle. Du bleu. Cela faisait longtemps qu'elle n'en avait pas vu, du moins, pas comme ça. Les yeux de l'adolescente étaient particuliers. D'une couleur inimitable. Un bleu parfait, comme il n'y en avait qu'un. Ils allaient si bien avec le reste de son visage. Ils s'accordaient si bien avec sa chevelure rousse.

« Oh… tu as perdu ta langue ? Quel dommage… cela aurait été un tel plaisir de t'entendre parler, j'imaginais ta voix si douce… mais c'est pas grave, on fera sans, lui murmura-t-elle. »

Les doigts fins de la brune vinrent se perdre dans les cheveux de la rousse. Ils étaient encore plus particuliers au toucher. C'était réellement agréable. Enfin, cela ne devait pas l'être pour l'adolescente, qui devait probablement être terrifiée. Il fallait dire que Hyun-Ae faisait peur. L'expression de son visage, son ton faussement rassurant, et son rire témoignant de toute sa folie. Ce rire qu'elle fit de nouveau entendre, et qui envahit l'espace. Il n'y avait que sa voix, qui résonnait dans cette forêt. Le bruit de l'eau et du vent était recouvert de toutes ses paroles, ou du bruit qu'elle faisait lorsqu'elle marchait. Tout cela ressemblait à un rêve. Un mauvais cauchemar, ou bien un film d'horreur dont les jeunes filles étaient les personnage principaux. La rousse, celle qui était constamment poursuivie. La brune, celle qui poursuivait la rousse, parce qu'elle lui voulait du mal. Enfin, ça, ce n'était pas si sûr. Elle-même ne savait plus rien.

L'Hybride fit mine de réfléchir un instant, aux mots qu'avaient écrits sa camarade sur son petit écran qui émettait une lumière aveuglante dans la nuit. Elle avait dépassé le couvre-feu. Cela devait probablement être une excuse bidon, mais véridique. Il semblait être si tard. Rentrer au Refuge ne lui prendrait pas longtemps, c'était certain. Le seul souci était que la brune n'avait absolument pas envie qu'elle parte. Alors sa main attrapa le poignet gauche de l'adolescente, serrant légèrement.

« Si tu as dépassé le couvre-feu, reste avec moi. On peut passer la nuit ici, ça t'évitera des soucis, commença-t-elle. C'est une bonne idée, n'est-ce pas ? Elle marqua une pause, pour lâcher un rire à en glacer le sang. De toute façon, je ne te laisse pas le choix. Restes avec moi, on va bien s'amuser. Commences par me donner ton prénom, s'il te plaît. »
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MessageSujet: Re: [Halloween] Nuit assassine, laisse-moi me dérober à ton regard, et n'étouffe mon coeur que lorsqu'en sera venu le temps... [Hyun-Ae Choe - Ombe Andersen]   Mer 28 Déc - 18:54

Elle ne réagit pas ; du moins, pas tout de suite. Elle me fixait en silence, les paupières écarquillées, parfaitement calme et immobile. Une poupée de cire. Il lui manquait les pommettes rosées, les cils courbes, les lèvres carmin ; son cheveu était trop plat, flasque, ses sourcils trop droits et trop épais, son nez trop long ; mais elle en avait la pâleur, la blancheur farineuse, impossible du visage, le contour absent, rond de la mâchoire, et l’air immuable, inaliénable et intemporel du jouet anthropomorphe. Les prunelles droites, figées, ne lâchaient pas les miennes dans cet instant suspendu. Elle semblait s’être arrêtée, le mécanisme soudainement rompu, tant son corps persistait dans cette crispation dont j’étais l’objet. Et pourtant elle était vivante, effroyablement vivante. Je pouvais voir la vie danser dans ses iris, un brasier ondoyant que n’avaient ceux, mats, des poupées. Et cela m’effrayait. Car le brasier fou ne se satisfaisait pas de l’espace des pupilles sombres, je sentais qu’à tout moment il pouvait fondre sur moi, me consumer. J’étais fragile pour lui, toute tremblante de peur ; il lui suffirait du moindre toucher et la peur, alors, ferait de mes muscles un tas de cendres.

Ma peau me tiraillait sous l’intensité du regard. J’ignorais comme elle pouvait transmettre tant de choses par ses yeux mais leur contact semblait du plomb sur mes épaules. Je ne pouvais bouger, à la fois hypnotisée et tétanisée. Mon instinct me criait de m’enfuir mais je n’en fis rien, pressentant peut-être qu’un geste romprait le moment – et alors, qui sait ce qu’il pouvait advenir. Le temps s’écoulait par gouttes infiniment longues mais qui, sans aucun doute, m’allouaient du répit. Il n’était pas décisif ; me permettait d’approcher mes nerfs, de tenter de les recontrôler et de chasser ce brouillard qui enfumait ma tête dans un chaos fantastique. Il fallait que je redevinsse maîtresse de mes pensées sinon quoi je sombrerais.

Et puis elle s’approcha, fit vers moi deux pas d’une lenteur incroyablement exagérée, qui ne cassa pas la tension palpable. Mes pieds réagirent en miroir et je reculai, jusqu’à me trouver acculée au tronc du saule pleureur. Ses doigts alors s’enroulèrent autour de mon menton, m’obligeant à lever la tête et à lui dévoiler mon cou. Etait-elle une vampire assoiffée ? J’avais entendu parler de ces gens au Refuge, mais jamais en termes effrayants. Leurs représentants parmi les élèves ne se nourrissaient pas de sang humain. Il n’y avait jamais eu d’attaque, encore moins de perte à déplorer. Ils s’étaient intégrés. Mais tous n’étaient pas fous comme elle. La crainte s’intensifia.

Je perdis toute conscience de ses yeux, toujours plantés sur ma chair. Mon énergie et mon attention se concentrèrent sur le point précis où ses doigts – ses griffes – enserraient mon visage. Si elle desserrait son emprise, mes genoux flageolants rompraient et je m’écroulerais au sol. Je ne perdais cependant pas l’espoir stupide qu’elle le fît, s’écartant de moi en un sourire moqueur, s’écriant que la farce avait marché, qu’elle m’avait fait peur. Mais son souffle ne perdait pas sa régularité ni sa chaleur sur ma peau tendue, hérissée. Je m’attendais presque à trouver les marques rouges de ses ongles à la naissance de mon cou, perlant de sang. Elle approcha seulement sa bouche de mon oreille et, au lieu de canines coupantes, piquantes, venant inciser ma jugulaire et y laper le liquide poisseux, naquirent des chuchotements qui m’arrachèrent un nouveau frisson. Sous les paroles douces, couvait une menace tangible, bien qu’indistincte.

Les branches du saule pleureur tombaient vers le sol, entremêlées de feuilles denses, noires de nuit, qui nous enfermaient dans une bulle impénétrable. Nous étions seules dans ce monde suspendu. J’étais seule avec elle.

Quelque chose gonfla au creux de mon ventre. Ce n’était que la seconde fois de mon existence, mais je reconnus immédiatement la sensation, si vive était sa trace dans ma mémoire. Ma gorge se noua comme je pensais qu’après tout le temps et toute l’énergie passés à la chercher, à vouloir l’apprivoiser, elle ne se manifestait que lorsque la peur surgissait. J’avais eu tant d’occasions de me transformer et la chance, alors, me filait entre les doigts. Mon âme d’oiseau s’affola dans des bruissements d’ailes et de plumes, se demandant quel était ce danger au-dessus d’elle. Je la sentis tourner dans mon être, gagnant mes poumons, et je respirais pour l’apaiser. Un oiseau apeuré dans sa cage finissait par se recroqueviller sur lui-même et je souhaitais au contraire qu’au pire, elle restât me tenir compagnie, qu’au mieux elle me changeât en merle pour m’envoler loin de cette folie.

Néanmoins, elle me permit de reprendre un peu contenance. J’avais bien des raisons de me battre, je n’étais pas une chose fragile, et je ne risquais pas ma vie.

Ses mains vinrent accrocher mes cheveux et son rire glaçant mes oreilles mais cette fois-ci, je ne restai passive. Mon dos se décolla de l’écorce qui supportait auparavant tout mon poids, mon équilibre se raffermit sur mes pieds ancrés dans le sol. Mes tremblements s’arrêtèrent et je trouvai la force de saisir ses poignets de porcelaine, de les décrocher de mes boucles et de ma peau. Doucement, comme si tout cela n’était qu’un jeu auquel j’étais libre de mettre fin. Je la repoussai et fis quelques pas loin d’elle et du tronc. Je voulais partir, en courant s’il le fallait, et retrouver la quiétude des bâtiments scolaires. Le Refuge, quoique caché par les entrelacs de branches, se tenait non loin derrière la coupe végétale. Si elle pouvait seulement me donner deux minutes…

Les paroles qu’elle prononça, l’air clair et assuré, me donnèrent envie de vomir. Je ne voulais pas passer la nuit avec elle, je ne voulais m’amuser avec elle. Mon sang était encore trop vif dans mes veines pour me résigner à ce point. Je ne pris même pas la peine de taper une réponse à l’écran, enfouis seulement mon appareil au plus profond de ma poche. Le ‘non’ de la tête que je lui adressais était résolu, les pas que je fis encore pour m’éloigner venant appuyer ma décision.

Et tant pis si elle ne les voyait pas à travers l’obscurité.
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MessageSujet: Re: [Halloween] Nuit assassine, laisse-moi me dérober à ton regard, et n'étouffe mon coeur que lorsqu'en sera venu le temps... [Hyun-Ae Choe - Ombe Andersen]   Sam 28 Jan - 12:35

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